Pour un féminisme moderne

Le 31 mai 1999, la Médiathèque de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts (Mathilde Ferrer et Martine Markovits) et Les Pénélopes ont inauguré une première séance de débat, qu’on espère suivie de nombreuses autres, autour du thème pour un féminisme moderne. A l’heure où nous célébrons le cinquantenaire de la parution du " Deuxième Sexe " de Simone de Beauvoir, ce débat a permis de dialoguer autour des problèmes de transmission entre féministes d’hier et d’aujourd’hui. Car même si le mot féminisme est aujourd’hui banni de tous les discours, on est en droit de se demander pourquoi les femmes n’auraient pas accès à son héritage historique : le droit de vote, le droit à l’autonomie financière, le droit à la contracpetion, à l’avortement, le droit au travail ? Les femmes ne doivent-elles pas, n’ont-elles pas besoin de se réapproprier leur histoire ?
Aujourd’hui, on constate que les luttes des féministes des années 70 sont oubliées, donc n’ont pas ou ont mal été transmises. La faute aux médias ? Trop facile. Les féministes, militantes, mais aussi chercheuses, ont certainement leur part de responsabilité. Comment faire pour que les informations circulent enfin ? Pourquoi les féministes rencontrent-elles autant de difficultés à se fédérer ? Et pourtant, les féministes de la " nouvelle génération " placent toujours au centre de leurs préoccupations la défense de leurs droits fondamentaux.

Sensibiliser, communiquer : les jeunes à l’oeuvre

Ainsi, Mix-cité, une jeune association mixte milite pour l’égalité des sexes et travaille à un projet de lutte contre le sexisme à l’école, qui permettrait d’aller sensibiliser les jeunes dans les collèges et les lycées. Alice Colanis, organisatrice pendant 20 ans, des rencontres " Dialogue de femmes " continuent de " soutenir les copines " et nous transmet à sa façon l’information, avec une mini-revue de presse, des propos de Le Pen sur les femmes à la première française pilote de chasse. Les Marie-Pas-Claire, féministes radicale, lesbienne, bisexuelle et hétérosexuelle se sont créées fin 1991 ont choisi elles-aussi de communiquer avec une revue et une émission radio, de 19h à 20h30 sur Paris Plurielle, tous les mardis soirs. Les Marie-Pas-Claire ont à cœur de se réapproprier l’histoire des femmes et crée un lien lors de leurs émissions radio avec leurs invitées : une façon d’assurer la transmission des savoirs, des théories, des pratiques, des expériences. Pour les Zarmazones, groupe de musique exclusivement féminin, la communication se fait par les notes... musicales et les rythmes de rap et reggae.

Un féminisme, des féminismes ?

Thérèse, de la Maison des Femmes de Montreuil, et dont l’action a débuté en 1969 / 1970 nous a exposé sa vision du féminisme : " c’est comme une mer avec des vagues successives ; il y a toutes une population qui en est, là où on était il y a quelques années ; c’est un éternel recommencement ". Egalement présente, Françoise Collin des cahiers du Grif, première revue féministe de langue française s’est dite curieuse de voir ce qui se passait aujourd’hui en matière de féminisme. Elle souhaitait découvrir ce qui naissait. Si elle estime qu’il doit y avoir transmission, elle pense également que chaque génération doit refaire du nouveau, même si une cassure est regrettable car on perd des acquis. Alice Colanis reconnaît que les féministes d’hier ont peur que les jeunes femmes croient que tout est acquis, alors qu’il y a des ayatollahs à l’extérieur. Pour Famietta Werner, le mot féministe recouvre des sens différents, suivant les époques. Un des problèmes viendrait également du fait que le but de chaque féministe est d’être hors du temps. Nathalie Magnan souligne qu’en 1968, il existait déjà un mouvement déposé par certaines, le symptôme d’un beaucoup plus gros problème. Elle fait remarquer qu’aux Etats-Unis, féminisme est au pluriel, car il correspond à des moments historiques différents.

S’informer ou transmettre

Pour Natacha des Zarmazones, l’information existe, il suffit d’aller la chercher. Mais pour Joëlle Palmieri des Pénélopes, ce n’est pas seulement aux jeunes d’aller chercher, c’est aussi aux anciennes de transmettre. Certaines des Pénélopes ne se disent pas féministes, mais se retrouvent dans les valeurs de solidarité... Un moyen de toucher un plus large public ? Sans aucun doute. Thérèse déplore que les femmes ne soient créatives que dans les packages où les hommes les ont enfermés. " Il n’y a plus cette fureur de vie : on est dans l’ordre du raisonnable ". " Comment traduire cette aspiration à être ? Est-ce politiquement correct ? Comment traduire cet appétit d’égalité, d’autonomie du corps politiquement, pour avoir les financements ? Si la transmision ne se fait que par les cours universitaires, Chantal Méliès (Pénélopes) pense qu’on apprend que par l’expérience : " de l’action pour sortir du beau langage châtié ; il n’y a que certaines qui ont la parole car elles ont la légitimité ". Pour Françoise Collin, il y a une mafia universitaire qui est très coupée de la réalité.
Elsa se dit choquée par le discours bien pensant : " j’ai l’impression que certaines femmes sont embarrassées du féminisme qu’elles ont porté. Le féminisme, c’est encore quelque chose à vivre ".

Mixité / non-mixité

Mix-cité souhaite inclure femmes et hommes dans la transmission : " on doit essayer de s ’éduquer l’un l’autre ". Mais pour les Zarmazones, c’est la non-mixité qui leur a manqué : " Le féminisme a ainsi perdu de sa force ; dans d’autres pays, la non-mixité a permis la naissance de structures solides ". Marie-Anne des Marie-Pas-Claire explique qu’effectivement pour approfondir son autonomie, elle a besoin de la non mixité. Mais non mixité et mixité doivent coexister afin que le choix existe et que le plus de personne puisse s’y retrouver. Elle fait également remarquer que pas seulement les hommes sont les ennemis des femmes ". Mix-cité, contrairement à ce qui a peut-être été un échec pour les aînées souhaite ouvrir le débat pour lutter contre l’ignorance des hommes. " Comment penser faire évoluer une société si on ne dialogue pas avec la moitié de l’humanité ". Les Zarmazones rejoignent l’idée que les femmes doivent éduquer les hommes. Pour Françoise Collin, " il y a des espaces qui doivent être des espaces de femmes et d’autres où il doit y avoir mixité. Il n’y a pas de féminisme obligatoire. Le féminisme, c’est un grand mouvement avec des formes de développement très diverses. Il faut se confronter de temps en temps pour voir comment les choses avancent ".
Pour Mix-cité, il s’agit avant tout de lutter contre des modèles imposés. L’ennemi commun, c’est en fait la domination, pas exclusivement masculine. Le féminisme, c’est aussi une façon de repenser la dialogue entre les deux sexes. L’égalité, c’est une valeur universelle.
Famietta Werner s’oppose " la complémentarité, c’est quelque chose que je ne veux plus et que je ne veux pas ". Françoise Collin a tenu a rappelé que le soutien à la parité n’avait pas le sens de complémentarité, mais plutôt celui d’une catégorie sociale définie par l’histoire et qui est écartée du pouvoir. Il s’agit de corriger une injustice sociale. " Il est triste que nos histoires se résolvent à du féminisme social ".

Avenir

Pour Famietta Werner, le féminisme a à gagner à travailler sur des thèmes divers. Effectivement, pour Françoise Collin, la question des femmes se croise avec les questions de ce temps : pour qu’elle reste vivante, elle doit se croiser avec les questions de notre société.
Pour Florence Montreynaud, historienne, on a depuis 30 ans le nez plongé dans le guidon des urgences. Elle se demande où est la pensée des femmes sur l’avenir ? Ce qu’on propose, c’est une assemblée de 287 femmes...
Pour Joëlle Palmieri, il s’agit aussi d’aller occuper les terrains occupés par les hommes, tels que les sciences, les nouvelles tehcnologies. Il faut investir ces lieux, car on nous ne les donnera pas.
Mais pour Mathilde, on est au temps des féminsites amatrices et il faudrait revenir aux féministes professionnelles pour communiquer, entrer en réseau, être efficace. Famietta Werner a rappelé qu’Internet est quelque chose de fondamental pour la professionalisation du féminisme, son efficacité.